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Le premier studio cinématographique
qui voit le jour en 1894, porte le nom de Black Maria. Et
en 1895, les frères Lumière, au nom fabuleusement prédestiné, mettent
au point leur géniale invention qui permet la projection publique
d’un film.
 
La magie du cinéma prend ensuite rapidement son essor en noir et
blanc… Chaque réalisateur a sa façon très personnelle d’apprivoiser
la lumière et son antinomie, l’ombre, aidé en cela par l’indispensable
chef-opérateur. Les années 20 sont marquées par l’expressionnisme
allemand, avec ses ombres gigantesques, ses éclairages jouant sur
l’opposition brutale de l’obscurité et de la lumière et ses
maquillages outrés, comme dans Nosferatu le vampire en 1922,
qui permettent de mieux faire ressortir la tension dramatique du
scénario. En France, dans les années 30-40, le cinéaste Jean Renoir
joue avec les effets d’ombre et lumière, exploitant ainsi tout le
potentiel du noir et blanc. Dans sa Règle du jeu, la beauté
de son personnage Christine se trouve ainsi sublimée par ces jeux
de lumière et l’intensité scénographique accrue par des contrastes
saisissants.
Dans
Les Enfants du Paradis de Marcel Carné, tout l'éclairage
est concentré sur les visages afin de produire une impression d’angélisme,
surtout chez Garance, tranchant singulièrement avec les décors
intérieurs, toujours dans la pénombre. Tandis que
dans le Corbeau de Clouzot, film sur la délation tourné durant
la période sombre de l’Occupation, les ombres inquiétantes sont
omniprésentes… Aux USA, le film noir est à son apogée avec Humphrey
Bogart que l’on n’imagine pas une seule seconde portant un imperméable
de couleur…et le suspense a trouvé son maître en la personne de
Sir Alfred Hitchcock qui magnifie Cary Grant et Ingrid Bergman en
noir et blanc dans Les Enchaînés.
Dès
1938, la couleur a débarqué sur grand écran avec le Technicolor.
Mais le noir et blanc dominera encore longtemps le cinéma car ce
nouveau système reste très onéreux. Il faudra attendre la propagation
de la télévision dans les années 50, pour que les studios de cinéma,
inquiets de cette concurrence nouvelle, commencent vraiment à développer
les films en Technicolor. La nouvelle vague en France et certains
réalisateurs américains indépendants, tel John Cassavetes, continuent
encore à tourner en noir et blanc, moins par véritable attachement
que pour des raisons financières...

Aujourd’hui, la tendance s’est complètement inversée, puisque 99%
des films sont en couleur. Alors, lorsqu’un réalisateur décide d’opter
pour le noir et blanc, il s’agit d’un choix, fruit d’une démarche
artistique. Wim Wenders a ainsi tourné en 1970 L’Etat des choses,
l’un de ses films les plus sombres, sans couleur, moins pour amplifier
la détresse de ses personnages que par ce qu’il s’agissait du reflet
de son propre état d’esprit. A l’époque le cinéaste reconnaît qu’il
broyait vraiment du noir et en a imprégné son œuvre…
Pour
sa Liste de Schindler, Spielberg ne pouvait envisager de
filmer l’Holocauste, l’une des périodes les plus terribles de l’Histoire,
autrement qu’en noir et blanc. Dans un souci de réalisme dramatique,
la couleur ne se prêtait pas au sujet. De même pour La Haine
de Mathieu Kassovitz. Il s’agissait de représenter l’envers de la
Ville-Lumière qu’est Paris, les banlieues qui vivent dans son ombre…
Mais le choix du noir et blanc peut aussi être plus simplement une
référence au passé. Kenneth Branagh l’a ainsi utilisé pour les passages
flash-back de son film Dead Again qui se déroule à deux époques
: les scènes du présent restaient en couleur. Et
dans son Manhattan en noir et blanc, Woody Allen a voulu
rendre hommage à la grande pomme des films des années 40, ainsi
que l’explique son personnage : "New York restait une ville
qui existait en noir et blanc". Il s’impose aussi parfois comme
une évidence… A propos de sa Fille sur le Pont, hymne poétique
à l’amour et à la chance, Patrice Leconte a déclaré "J'ai eu
envie du noir et blanc parce qu'il y avait là comme une évidence
que je n'avais pas besoin de justifier davantage. Aujourd'hui je
suis incapable de penser ce film en couleur."
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