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Gros Plan

Avec le vêtement, le noir n’a pas gardé longtemps son petit air funèbre… Même si certaines professions ou institutions ont tenté de se l’accaparer, la mode a eu vite fait de s’en emparer ! Il est devenu l’une de ses constantes, à chaque saison revisité, sans jamais réussir à lasser…

Le noir pénètre dans les garde-robes civiles dès le XIVème siècle, en Flandre et en Italie du Nord. Il est l’apanage de la bourgeoisie qui, par son austérité, entend se démarquer d’une aristocratie aux couleurs flamboyantes. Mais paradoxalement cette discrétion bourgeoise est un véritable luxe car le drap noir de Flandre compte parmi les matériaux les plus onéreux.


A cette vague bourgeoise s’ajoute au XVème siècle, une tendance qui émane de l’aristocratie. En Bourgogne, à la cour de Philippe Le Bon, puis dans l’Espagne de Charles Quint, les monarques et la noblesse se vêtent de noir avec ostentation. Le noir devient aristocratique, c’est la marque d’une élite.
Au XVIIIème siècle, c’est toute la noblesse qui s’adonne au noir. Un noir inspiré des modes anglaises, plus pratiques, conditionnées par les désagréments du climat britannique. Ce noir-là est plein de rubans et de dentelles, d’étoffes soyeuses et chatoyantes, de velours et de scintillements... Rien à voir avec le noir de la bourgeoisie et notamment du tiers-état, qui tranche de par sa sobriété cossue exempte de fioritures. Au XIXème siècle, le beau Brummel impose à toute l’Europe la tyrannie du costume noir, nouvel emblème de la modernité bourgeoise. Charles Baudelaire s’enthousiasme, mais Théophile Gautier regrette cette tendance "si triste, si éteinte, si monotone" dans De la Mode...


Au cours du premier tiers du XXème siècle, le noir envahit peu à peu la garde-robe féminine. En 1926, en réaction aux exubérances de la mode des années folles, Gabrielle Chanel donne ses lettres de noblesse à une petite robe noire, toute simple que la presse américaine plébiscite immédiatement : la revue Vogue l’intitule "la Ford signée Chanel". Elle sera déclinée dans tous les styles jusqu’à nos jours. Simultanément, le noir disparaît du vestiaire masculin pour ne plus se porter que lors de circonstances exceptionnelles (deuil, mariage ou apparât). En 1966, Yves Saint Laurent détourne l’un des derniers bastions de l’habillement masculin au profit des femmes : il impose le smoking. Le tailleur noir, symbole d’élégance des années 30, héraut d’une élégance sobre et efficace, se plie aux recherches d’équilibres nouveaux avec Cristobal Balenciaga. Et Sonia Rykiel devient la "reine de la maille" avec son célèbre petit pull noir que les victimes de la mode s’arrachent à la fin des années 60. Le noir est sa couleur fétiche.


Même s’il transcende la mode depuis des siècles, le noir se veut toujours novateur, voire rebelle. Tout est question de matériau, de coupe, de style… S’il tend à s’éclipser au cours des années 70, c’est pour mieux s’imposer lors de la décennie suivante. Les années 80 marquent son apogée : il habille tout le monde sans faire de différence entre les âges et les sexes, les lieux, les circonstances, les saisons… Plus effacé à l’entrée du 3ème millénaire, il s’apprête à faire un retour en fanfare dès cet automne après plusieurs collections très colorées qui l’avaient relégué au fond des armoires. Les défilés de prêt-à-porter et haute-couture ont donné un avant-goût de ce que devra porter cette année la fashion-victime qui sommeille en chaque femme : du noir, du noir et encore du noir. Mais heureusement, il y a toujours de l’espoir…


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