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Gros  plan

Dans la peinture, le noir se fait obscurité et reste indissociable de la lumière. La lumière est une variante du noir et inversement : son simple reflet est lumière. Rétrospective sur le parcours du noir dans les beaux-arts à travers les siècles…

Longtemps ombre et lumière ne se mélangèrent pas à la couleur dans les œuvres picturales. Il faudra attendre le XIVème siècle pour les voir fusionner.


Dans la peinture classique, le noir est l’élément qui constitue l’arrière-plan du tableau. Il est inséparable de la lumière. Michelangelo Merisi da Caravagio, dit Le Caravage (1571-1610), se servira par exemple d’un violent éclairage latéral sur les sujets et les visages de ses tableaux afin de produire un contraste brutal avec l'arrière-plan de ses toiles souvent très sombre, voire inexistant. Cette technique lui permit d'exploiter au mieux la fonction dramatique de la lumière, mettant en valeur la gestuelle et les moindres expressions des personnages peints. Son clair-obscur très contrasté, "le ténébrisme" ou "le caravagisme", devait influencer des générations successives d'artistes à travers l'Europe.
Jean de La Tour (1593-1652) est sans nul doute l’un de ceux-là. Maître dans l’art du clair-obscur, il exploita magistralement les possibilités expressives de l’éclairage nocturne à travers des œuvres telles que Le songe de Saint Joseph ou Saint Joseph charpentier. Sa source de lumière provient le plus souvent d’une bougie et accorde à la lumière une valeur mystique.


L’utilisation du noir dans les portraits d’Anthonie Van Dyck (1599-1641) et de Frans Hals (v. 1580-1666), transforme le noir en vecteur d’une signification sociale. Celui de Van Dyck devient un noir tout à la fois aristocratique, courtois et catholique comme dans The Duke of Richmond. Tandis que Frans Hals peint un noir bourgeois, citadin ainsi que protestant. Son œuvre Portrait d’un homme debout en est un exemple frappant.
Avec la peinture d’Eugène Delacroix (1798-1863), le noir gagne une dimension dramaturgique décisive. A travers le contraste lumière/obscurité, il crée une tension, une atmosphère particulière, une dynamique. Proche des ténèbres, il a souvent un effet menaçant ou pesant laissant une impression de tragique, de désespoir et de mort comme dans La Mort de Sardanapale ou Médée.


Dès la fin du XIXème siècle, les changements majeurs intervenus dans la peinture, notamment avec l’apparition de l’abstrait, provoquèrent des débats sur une nouvelle conception de cet art dont l’élément central était la couleur. Le noir prend désormais une autre dimension : il se suffit presque à lui-même. De nombreux peintres ont un passage dans leur œuvre via le noir, d’autres "tombent" carrément dans le noir quasi-obsessionnel. Le XXème siècle aura ainsi vu naître un grand nombre d’œuvres "noires" : du Quadrangle (ou Carré noir sur fond blanc, 1913) de Kazimir Malevitch jusqu’à Dark Spaces de James Turell en passant par Le noir le plus noir (1949) de Francis Picabia et le monochrome noir d’Yves klein (1957), la Série Noire de Bob Law (1964), les Black Paintings (v.1960) de l’Américain Franck Stella et les Last Paintings (v. 1965) de son compatriote Ad Reinhardt. Elles attestent du caractère inépuisable des valeurs expressives du noir… que continuent à explorer de nombreux artistes, tel Pierre Soulages créateur de l’outrenoir.


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