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C'est un savant cocktail
de chimie, d'optique, de talent artistique et de hasard qui ont
fait de la photographie ce qu'elle est aujourd'hui.
 
Tout a commencé avec la chambre noire. L'ancêtre de notre appareil
photo est une simple boîte percée d'un petit trou par lequel pénètrent
les rayons lumineux qui viennent "impressionner" son fond noir.
C'est un phénomène connu depuis l'Antiquité, ainsi que celui du
noircissement des sels d'argent sous l'action des rayons lumineux.
Le lien entre ces deux phénomènes engendrera la photographie. Vers
1820, Nicéphore Niepce fait le rapprochement et réussit ainsi à
prendre la première photo. Ce nouvel art connaît rapidement un grand
essor. A Paris, les ateliers de photographie se multiplient. On
les appelle "maisons de lumière". A l'époque, les clichés sont en
noir et blanc. Depuis, le matériel n'a cessé de se perfectionner
et se simplifier. Aujourd'hui,
tout le monde possède un appareil photo, mais tout le monde n'a
pas un œil d'artiste !
Il faut savoir jouer avec l'ombre et la lumière, donner du relief,
des nuances, un bon modelé. Bref, créer l'émotion photographique.
A cette fin, rien de tel que le noir et blanc : ses demi-teintes
et ses clairs-obscurs saisissent toute l'atmosphère d'un instant
en un flash. Rien d'étonnant alors si les grands noms de la photographie
d'hier, mais aussi d'aujourd'hui, ont privilégié un travail sans
couleurs…mais pas sans âme.

Robert Doisneau avec son regard humaniste, aux connotations sociales,
met de la lumière et de la vie dans ses photos sur la banlieue.
Il sait profiter du hasard comme pour Café noir et blanc
(1948) où un charbonnier vient se placer au comptoir à côté des
mariés qui posent.
Dans son livre Belleville-Ménilmontant, en 1954, Willy Ronis
a réuni les meilleures vues de ces quartiers, où ruelles, passages,
escaliers et arrière-cours deviennent de vrais décors de la vie
quotidienne, entre pénombre et soleil. Brassaï, lui, est fasciné
par la vie nocturne : dans la période de l'entre-deux guerres, il
photographie la ville à la tombée du jour pour retranscrire ses
impressions. Ce travail aboutit au légendaire Paris de nuit
(1933), livre dans lequel les voyous se mêlent aux travailleurs
des Halles qui préparent le marché du lendemain, leurs portraits
en noir et blanc soulignant le mystère et l'atmosphère ténébreuse
des lieux. Plus lugubre, le style de Richard Avedon traduit bien
sa préoccupation obsessionnele de la mort. Pour ses portraits, les
sujets posent devant un fond blanc comme seul décor. Une lumière
froide révèle tout, les regards sombres en particulier…
William
Klein, quant à lui, se révèle comme photographe après un voyage
à New York en 1954 dont il ramène des photos peu conventionnelles
: il mélange les esthétiques, prend les images comme elles se présentent,
n'hésitant pas à saisir des contrastes ombre/lumière non voulus,
la ville lui semblant abriter "le cœur de l'angoisse du monde".
Dans un tout autre style, Ansel Adams sublime la nature par ses
paysages où l'on trouve de forts contrastes entre les masses sombres
des arbres et les chutes d'eau ou la neige, soulignant l'immensité
des espaces et contribuant ainsi à la dimension mythique de l'Amérique.
Le noir et blanc donne une dimension onirique particulière à la
photographie. D'ailleurs, ne rêve-t-on pas le plus souvent en en
noir et blanc ?
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